Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 22:09

Il est né, ou plutôt non : il est mort. 

Né à la fleur de l’âge et mort sans tomber.

Mort-né sans prévenir.

Ni signe de faiblesse, ni ligne de beauté.

Fidèle à lui-même, fourré dans l’ombre de tous les autres.

Planqué dans la masse, en tort qu’il est de s’éteindre, ou plutôt non : de s’allumer.

Sans peur, sûr qu’il est de ses racines.

Il ose, desséché, encore quelques courbettes par temps mouillé.

Ne veut pas qu’on le boucle parce qu’il s’est rebellé.

Il est de mèche avec le temps.

Teint pâle, étalé de tout son long, il craint qu’on l’arrache à sa déréliction.

Lui, tout juste né, à peine mort.

Encore plus fort de son déclin.

Il brille de sa lividité, mon cheveu mort-vivant.

Mon premier cheveu blanc.  


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Mercredi 7 septembre 2011 3 07 /09 /Sep /2011 14:40

SE REMPLIR, SE BOURRER, SE GARNIR, S’ENCOMBRER, S’ENVAHIR, S’OCCUPER. SE PRENDRE POUR UNE BAGNOLE, QUATRE-VINGTS ANS D’AUTONOMIE, KILOMÉTRAGE ILLIMITÉ. SE CHOISIR DES OPTIONS, AIR BIEN CONDITIONNÉ ET FACE AVANT PEINTURLURÉE, COULEUR BRONZE OBLIGÉE, INTÉRIEUR PROPRE ASEPTISÉ. SOUSCRIRE ALORS UNE ASSURANCE, FRIMER. ITINÉRAIRE D’ENFANT GÂTÉ, PASSER LES VITESSES, FILER TOUT DROIT, CHANGER DE DÉCOR, ENJOLIVER. SE SERRER LA CEINTURE POUR UN PROFIL PARFAIT. OUVRIR GRAND LES YEUX, PLEINS PHARES, PLEIN POT ET DIRECTION PLEIN OR. FONCER, SE GONFLER, FAIRE LE PLEIN, FAIRE LE PAON, CHANGER DE ROUE, HOMME VOLANT, PÉPIER, FAIRE CHANTER, RUGIR, ÉCRASER TOUT SUR LE CHEMIN, LAISSER LES RESTES SUR LE BAS-COTÉ. FATIGUE ÉGALE DANGER, FAIRE UNE PAUSE À DURÉE BIEN DÉTERMINÉE, PRENDRE UN PASSAGER, LE LAISSER CONDUIRE, PROFITER, VIBRER, EXCÈS, FINIR EN SANDWICH, CAPOTE REMONTÉE. FAIRE LE COUP DE LA PANNE, PAS EXPRÈS. SE FAIRE CLAQUER LA PORTE AU NEZ, CALER, ÉTAT DE CHOC AU MILIEU DES COUSSINS DE SÉCURITÉ, POINT MORT EN BORD DE LIT, LIVIDE, VIDE A COMBLER. SE REMETTRE EN BRANLE, RELANCER LA MACHINE, AU PAS, EN SCÈNE, ACCÉLÉRER, MAINS SUR LEVIER, PIEDS AU PLANCHER, SE REMPLIR, SE BOURRER. DEBORDÉ.


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Jeudi 7 juillet 2011 4 07 /07 /Juil /2011 19:37

Cuisine amoureuse

 

Grande asperge - yeux en neige, coupe au bol, et cœur de palmier - adepte des chauds bouillons, cherche une poule ou une dinde à farcir, voire une belle cuisse de canard ou un coq en pattes, pour passer à la casserole. Sauce blanche garantie.


Crâne d’œuf brouillé avec tout le monde et traqué par les services insanitaires cherche des poils Téfal pour se planquer. Alimentaire mon cher Watson.


Vache qui rit pasteurisée par on ne sait quel caprice des Dieux s’est vue confier la mission d’évangéliser les olés crus pour redonner un peu de tenue aux pattes molles des vaches folles. Si tu es intéressé, inutile d’en faire des tommes : un bris de mot suffira.

PS : possibilité de globalisation et monts d’or garantis.


Recette pour défilé de haute-cuisine :

Prendre quelques pommes de terre à chair bien fermes et leur passer une robe des champs. Elles tenteront de résister en vous racontant des salades : ne vous laissez pas impressionner et n’y allez pas avec le dos de la cuiller, elles n’en perdront pas la frite pour autant.

Prendre cent yeux de merlans frits et les réchauffer à chaleur tournante, à pleine puissance. Il se peut que le poisson soit dur à cuire, auquel cas faites le mijoter encore un peu dans son jus. Sortez la truffe et laissez-vous alors guider par votre flair pour juger de votre réussite. Enfin, appuyez sur le champignon pour allonger la sauce.  

C’est prêt, et vous avez maintenant une faim de loup ! Cependant, n’oubliez pas qu’il vous faudra défiler avec cette chère exquise afin d’en recevoir les compliments, et par conséquent vous serrer la ceinture. Vous pouvez néanmoins vous reposer sur vos lauriers pour enlever l’amertume.

 


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Jeudi 30 juin 2011 4 30 /06 /Juin /2011 15:57

Tiroirs.jpg


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Mardi 3 mai 2011 2 03 /05 /Mai /2011 17:42

11:00 PM

S’endormir : dériver vers le vaste continent du sommeil. S’agripper à quelques fragments décousus de pensées – une horloge en bois sombre, un jardin d’oliviers, une aurore boréale, attraper les effilochures et tresser un tissu de songes, s’en recouvrir comme d’un linceul puis se rendre à la petite mort de l’ombre.

 

01:00 AM

D’un côté puis de l’autre

Bras dessus bras dessous

Buter toujours

Sur l’embûche de soi.

Et ciller.

 

03:00 AM

Aux aguets derrière mes paupières closes. Je dévie, me dissémine et me déporte pour mieux me laisser emporter. Pense à mille choses pour n’en cueillir aucune, m’applique ainsi à entrer par diffraction dans l’antre du sommeil. Je me laisse flotter sur un lit de galets bien polis pour éviter tout accrochage : ne surtout s’arrimer à rien, s’employer à attendre au bout l’estuaire et ses eaux plus profondes, ses courants plus puissants. Mais le naufrage ne vient pas, jamais, et je ne sais plus avec quel brin de berge m’effleurer pour m’armer de patience. Je fais la planche, le regard au ciel devenu noir, et mime la torpeur pour ferrer le sommeil, me résigne au gré des rives parcourues à lui tendre des pièges avec du bois mort coincé de part en part. J’espère qu’il s’étale de tout son long sur moi mais toujours il trébuche et me tourne le dos. Le sommeil ne veut pas de ceux qui ne savent ni se rendre ni mourir. Epuisée je me borde pour ne pas avoir froid, les ongles en lisière plantés dans les ourlets, incapables de lâcher prise.

 

Avant le jour

Se demander quels sont ces poids traînés derrière et loin dessous qui obligent à tenir le cap et remuent tout du long une vase dont le trouble est trop inquiétant pour que l’on veuille s’y plonger.

  

                                                               ¶ Texte publié dans la revue de création littéraire Lapsus (numéro spécial France-Québec en association avec la revue française A verse)

 


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Jeudi 31 mars 2011 4 31 /03 /Mars /2011 12:05

Z.C2Il fait noir.Tout est noir.Et plat. La lumière se résume à quelques fluorescences isolées et le relief à quelques traits sans profondeurs. Tout est obscur et lisse. Peu nombreux sont les ternes reflets. Voilà le monde. Le monde est une radiographie. Fractures sociales en noir et blanc. Luxures en haut, luxations en bas. Apartheid des temps modernes. Echelle grandeur nature. Sans nature. La culture intensive se fait en champs de concentration. Taux de change et ghettos de mortalité. Boîte crânienne vide et dents qui rayent le plancher. L’ombre des grands gagne du terrain. Vague. Tumeur de l’humanité. Les petits n’y voient goutte, courbent le dos devant les côtes abîmées qu’on les oblige à grimper. Jeu des Sisyphes pour les parieurs des plus grandes sociétés. Pas d’entorse à la règle, laquelle est de tricher. Les dés sont lancés : sarticulé, membré, localisé, centralisé, materialisé. Bientôt le grand retour de l'Homme au stade des invertébrés. Voilà le monde. Le monde est un cliché. La radiographie sinistre d’un squelette sur les rotules. Sucé jusqu’à la moelle. Epuisé. Sans un médecin pour le tenir à bout de bras en planchant sur ce qu’il faudra réparer. Le temps maintenant se compte sur les doigts de sa main. Métacarpe diem.   

 


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Mercredi 16 mars 2011 3 16 /03 /Mars /2011 18:08

Ce soir, faites-vous un film !

 

Jeune fille blasée cherche beau garçon qui lui fasse de l’effet spécial en sortant le grand jeu, par exemple : aller à Deauville faire la planche, décrocher des étoiles et enfiler des palmes d’or.
Juliette à bout de souffle à cause d’histoires non sous-titrées compliquées cherche un Roméo pour vivre un blockbuster, version pas trop originale. Laisse carte blanche pour le montage, pourvu que les bruitages ne soient pas coupés.
Super héros dans l’air du temps cherche histoire en 3D : Disponibilité, Divertissement, Désir. Happy end prévisible mais non moins désirée. Intellos s’abstenir.

Femme lassée des « Silence, on coupe ! » balancés en coulisses bobines retroussées se déclare prête à renier ses critères de beauté et à s’amouracher d’un homme à pellicules pour que, sur le devant de la scène, l’aventure ne s’arrête jamais. Rencontre séance tenante.

Cléopâtre a perdu son César et souhaite vivement le retrouver pour rester fidèle à la postérité.

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Mercredi 2 mars 2011 3 02 /03 /Mars /2011 11:33

Mercredi 1er décembre 2010, 19h30

A : Olivia

Objet : Mailodrame

Six mois derrière nos écrans. Pêle-mêle. A nous emmêler de mails à la pelle. Maintenant je ne peux plus attendre, j’ai besoin de te voir. Un râteau après ça serait bien mal venu. Sur le Net, je suis devenu flou, complètement flou de toi, il n’y a que la technologie pour réussir de telles prouesses. Tout est devenu trop compliqué, la toile pour moi n’est plus 100% coton mais 100% soi, toi, nous. Même si la trame apparente de nos écrits sauvegardés nous empêche de perdre le fil, celui-ci malgré tout serait si facile à couper, l’un et l’autre invisibles, planqués derrière des machines qui donnent pourtant le monde à voir. Je ne veux pas prendre le risque de tout planter et devoir repartir à zéro avec une autre fille dans laquelle malgré moi je te rechercherais. Tu sais que dans la vie réelle la mémoire n’est pas si facile à reformater. Tous ces megapixels ont fini par m’aveugler, tes photos je les regarde mais elles sont trop éblouissantes et je me demande aujourd’hui quelle femme se dissimule derrière ces reflets, peinte en petites touches AZERTY plutôt qu’en traits sensibles de personnalité. J’en ai assez d’être ton Mac et préfèrerais être ton mec, le choix de l’être contre les lettres, là où tout pourrait commencer avant que tu ne me zappes en changeant de trois w. Pause, levons le bon pouce s’il te plaît, laissons les quinze ou dix-sept autres aux diagonales cristallisées pour cesser nos mails en colique en les troquant contre quelques verres à Cité. Ou ailleurs.   

Mercredi 1er décembre 2010, 20h30

A : Hervé

Tu en as ta claque de nos clics et je me réjouis de cette impatience partagée. Tu peux décompresser car je ne souhaite pas te faire attendre, j’ai trop envie moi-même de m’asseoir à tes côtés. Insidieusement comme des virus il semble que nous ayons fini par nous contaminer et le remède est la rencontre, pas besoin de te justifier : je m’aligne à ta volonté. Il n’y a rien de mieux qu’une réunion pour enfin se défragmenter. Assez joué au tchat et à la souris, ouvrons ensemble un nouvel onglet pour continuer à s’explorer. J’ai trop perdu de temps à t’imprimer, préfère maintenant de près t’entendre t’exprimer, à voix timide, à mots feutrés, car les murmures sont bien plus émouvants qu’un haut débit illimité. J’espère seulement qu’après avoir autant joué des mains sur nos claviers, nous ne nous y prendrons pas comme des pieds dans la réalité. Je serais trop déçue qu’on se laisse sur la touche Echap pour poursuivre seuls, à nouveau chacun de son côté. En attendant, voilà le programme : rendez-vous demain à l’heure du dîner au métro Télégraphe, histoire de ne pas complètement se déconnecter. Nous ne serons pas trop loin du siège du PC et je connais un raccourci pour nous y rendre au cas où un bug quelconque surviendrait. Voici le code pour ne pas se rater : tu seras habillé en pilote, de cette façon je te reconnaîtrais. Il paraît qu’ainsi notre histoire aura des chances de fonctionner.


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Mardi 1 mars 2011 2 01 /03 /Mars /2011 20:18

Bois.jpg


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Mercredi 26 janvier 2011 3 26 /01 /Jan /2011 11:16

Vous êtes l’appelant numéro douze… le temps d’attente est estimé à dix-huit minutes, veuillez patienter.

238 915 euros, c’était mon salaire annuel. Trader, c’était mon métier. Dépenser, c’était ma passion. Le fric, c’était ma vie. Je ne vivais que pour ça : sentir ma carte Gold sous les doigts. Je claquais dès que je pouvais, c’était ma façon de ne pas m’ennuyer et de donner un sens à mon succès. A mon actif : un loft de 150m² en plein centre de Paris, une villa prestige à Deauville et une Audi TT roadster pour aller de l’un à l’autre les fins de semaine ensoleillées. Pour les vacances, je n’ai jamais voulu m’emmerder : Club Med à l’île Maurice, aux Seychelles ou aux Maldives, belles filles, belles plages, alcool à volonté.

Vous êtes l’appelant numéro neuf… le temps d’attente est estimé à douze minutes, veuillez patienter.

Chez moi, c’est design, mais peut-être plus pour longtemps. Fauteuils Le Corbusier, chaises Starck, table Charles Eames. Tous les ans, je changeais tout, je me lassais vite, toujours envie de nouveauté. Je collectionnais les lithographies de Dubuffet et les champagnes millésimés. Les femmes aussi, parce que c’est comme les meubles, elles finissaient toujours par m’ennuyer. Facile de sortir le grand jeu et de les renverser avec des gros billets : beau gosse en costard Hugo Boss, dragueur avec un bouquet de fleurs et romantique dans restaurants gastronomiques. Destination finale : mon lit Cocon signé Van Den Bergh où je susurrais des Mon Trésor pour mettre des paillettes dans les yeux des filles. J’étais comme ça, j’aimais que ça brille.

Vous êtes l’appelant numéro cinq… le temps d’attente est estimé à sept minutes, veuillez patienter.

Je savais y faire avec les femmes, rien de difficile, il n’y avait qu’à les allonger, exactement comme la monnaie. Le plaisir était le même, d’abord l’envie qui monte et le désir de posséder, le rythme cardiaque qui s’accélère avec la main mise sur l’objet convoité ; alors il n’y avait plus qu’à dégainer, sortir les bourses et mettre en plein dans le mille. Le reste, c’était mécanique, un échange de bon procédé. Une fois la petite affaire conclue, je me sentais détendu, satisfait, sans jamais la peur de manquer : mes spermatozoïdes, c’était comme les euros de mon compte en banque, c'est-à-dire sans cesse renouvelés. Fallait bien que je m’en serve pour ne pas être frustré. Je n’étais pas dupe toutefois, je savais bien que les femmes n’étaient pas vraiment des objets : une fois qu’elles avaient pris leur pied, plus rien d’elles ne m’appartenait.

Vous êtes l’appelant numéro trois… le temps d’attente est estimé à cinq minutes, veuillez patienter.

En somme, ma vie était rodée, ça me convenait plutôt bien comme ça.  Je bossais comme un taré, je consommais comme un forcené, je baisais comme un damné. Et puis un jour, en me promenant sur les quais, je suis tombé nez à nez avec un singe. Un ouistiti dans la cage d’une animalerie qui m’a dévisagé. Ca m’a foutu une boule dans le ventre, j’aurais du mal à l’expliquer, toujours est-il que lui aussi sans réfléchir je l’ai acheté. Chez moi, il a tout saccagé, il chiait partout, sur les fauteuils Le Corbusier, même dans mon lit super tendance. J’ai perdu la voix à force de passer mon temps à lui crier dessus. Pour le calmer, je l’ai couvert de cadeaux, tous les DVD Walt Disney, un parc à jeu, un bout de forêt reconstitué avec des lianes et un grand bananier. Rien n’y a fait, si bien que j’ai même essayé de lui refiler des Xanax qui trainaient. Un soir, désespéré, j’ai appelé SOS vétérinaires. La personne au bout du fil après m’avoir longuement interrogé m’a informé que mon singe ne supportait pas d’être seul et enfermé toute la journée, ce d’autant qu’à moi il s’était sûrement attaché. A ces mots-là, j’ai paniqué. Je l’ai ramené à l’animalerie, même pas demandé à être remboursé, juste dit que je ne savais pas y faire avec les sentimentalités, que c’était pas tout ça mais que j’avais un loft à redécorer et des femmes à étreindre.

Vous êtes l’appelant numéro deux… le temps d’attente est estimé à deux minutes, veuillez patienter.

Le singe, il est revenu chez moi. Il s’est échappé de sa boutique le malin, je l’ai découvert devant ma porte un matin alors que je partais bosser. Il m’a sauté dans les bras. Quelque chose a cédé en moi, comme la couche de glace sur un lac qui se craque à la saison du dégel. C’était son regard, sa façon de me fixer qui me donnait l’impression d’être le centre du monde et que rien d’autre ne comptait. J’ai souri et ça l’a fait marrer. J’ai ri plus franchement, touché par sa gaieté. Il était tellement content qu’il a commencé à faire le pitre et à grimacer, et moi je ne pouvais plus m’arrêter de rigoler, je ne contrôlais plus rien, ma mâchoire me tirait la tête en arrière alors que mes abdos me poussaient vers l’avant, je me pliais en deux en me tenant le ventre qui, je le pensais, allait finir par exploser. Comme si ça ne suffisait pas, mon singe s’est mis à me chatouiller, je le titillais aussi en tentant d’esquiver, je me foutais désormais qu’autant d’hilarité puisse m’achever. Nos cris d’allégresse ont alerté quelques voisins dans la cage d’escalier, et au vu de leurs têtes tristes et renfrognées je me suis bidonné de plus belle avec un exaltant sentiment de liberté… Évidemment, je suis arrivé en retard au boulot. Du coup, je suis parti plus tôt aussi, histoire d’équilibrer. Et puis un jour, je n’y ai plus mis les pieds. Pour tenir compagnie à mon singe. Je jouais avec toute la journée sans plus songer à me raser ni à m’habiller, ni même à me faire à manger : de toute façon, j’étais repu par les bananes qu’il m’épluchait. Je lui ai promis qu’un jour, je l’emmènerais en Amazonie, pour qu’il retrouve ses racines. A moi ça ne posait pas de problème de quitter une jungle pour une autre.

Vous êtes l’appelant numéro un, ne quittez pas…

-          Pôle Emploi, bonjour, numéro identifiant s’il vous plaît ?

-          238 915.


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Mardi 25 janvier 2011 2 25 /01 /Jan /2011 14:04

Au sang,  jusqu’au sang,  je l’ai mordu,  mordu jusqu’au sang,  envolé mon sang-froid,  fait gicler son sang tiède à cause de ma mâchoire-étau et de mes incisives plantées dans le tissu pour lui trouer la peau, la peau de l’avant-bras tirée à quatre épingles sur le muscle bandé qui voulait me tenir à carreaux.

Mordu à cause d’un ta gueule et d’une porte claquée, lui parti prendre l’air, moi pris les escaliers pour pleurer à la dérobée, liquide d’avoir été régurgitée, rejetée, jetée tout court puisque je l’ai mordu quand il est revenu, au sang quand il m’a rattrapée, folle d’être retenue de force après le sentiment d’avoir été crachée.

Tu me fais chier, laissée seule contre tous à l’intérieur porte fermée dans la maison des autres à peine apprivoisée, contre tous si gentils mais beaucoup trop ensemble et moi intimidée, puis seule aussi dans ses bras forts, serrés, prisonnière impossible puisqu’un instant avant brutalement congédiée, pour lui déjà tout oublié, souhaitait juste la paix mais j’ai brandi l’épée.

A défaut de pouvoir m’enfuir j’ai tranché dans le vif musclé du sujet et croqué la chair tendre qui se risquait à me bercer, j’ai voulu lui faire mal comme il m’avait blessée, lui au cœur, moi au sang, mot pour mot dent pour dent, enfoncées dans le bras pour qu’il lâche son étreinte en sentant sur sa peau mes sauvages empreintes.

Echouée dans le jardin loin de cette boucherie j’ai repris mes esprits, pensé éberluée alors c’est vrai je suis tarée, réévalué la scène dans la fumée de cigarettes les unes après les autres nerveusement allumées, pour une simple dispute j’avais perdu la tête, retroussé les babines et découvert les crocs, la folie dans le sang, depuis toujours prête à bondir au lieu de se faire oublier.

Il m’a rejointe en se tenant le bras meurtri pour lâcher un paquet de ruptures à peine enrubanné, puis m’a claqué la porte au nez en me laissant avec le chien qui, à cet instant-là, a commencé à aboyer. Et la rage est revenue plus violente, tellement brutale et empressée que mes jambes se sont mises à frapper.  

J’ai cogné l’animal, encore longtemps après que la pauvre bête battue et cassée s’est couchée à mes pieds, et puis la honte et la tristesse ont obstrué le vide laissé par la colère. Le regard au loin, au très loin du dedans, j’ai repeint mon amour en sombre avec le rouge coagulé, ajouté au tableau un peu de violacé volé aux hématomes en train de s’ébaucher, plongé dans le dégoût suscité par mon œuvre, et deviné alors les sirènes de la police qui venait me chercher.

Douze fois j’ai dû promettre d’avaler mes cachets, et de surtout ne jamais jamais plus arrêter de les prendre.

 


Texte sélectionné par le Festival d'écritures contemporaines FAITS DIVERS, et lu par des comédiens le mardi 11 janvier 2011 au Ciné 13 Théâtre dans le cadre du festival.


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Mardi 28 décembre 2010 2 28 /12 /Déc /2010 12:09

Finalement c’est simple la vie, incroyablement simple. Autant que la mort peut-être. Faut juste se laisser aller, du début à la fin. Tu nais, tu es, et puis tu disparais, et tout ce temps là faut pas lutter, on a des trop petits bras pour ça et pas assez musclés : la vie, la mort, elles sont plus grandes que toi, elles te mettent la main dessus et c’est si gigantesque que dessous y’en a des milliards comme toi.

Les uns contre les autres on se gaspille à se grimper dessus en espérant sortir du lot, mais dans ce lot-là y’en a pas un de plus vivant que les autres, y’en a pas un qui crèvera pas. La vérité, c’est qu’on ne creuse qu’un trou, son trou, et qu’on finit par s’allonger dedans, dans la vie comme dans la mort. La différence, c’est que y’en a un meublé de tout un tas de conneries et l’autre dépouillé de tout l’indispensable ; un où tu voudrais quelqu’un pour te sentir moins seul et l’autre où t’aimerais avoir la paix mais où ça grouille de visiteurs indésirables.

A part ça, c’est pareil, la vie, la mort, ça te tombe dessus, t’as rien demandé, faut juste s’arranger avec ça et faire du mieux que tu peux en comptant sur les autres qui sont dans la même merde que toi, il faut t’unir à eux parce que face à la mort et à la vie, seuls, on ne fait pas le poids. Et puis t’auras toujours besoin de quelqu’un qui se soucie de savoir si ton cœur bat ou pas, qui se souvienne de toi ou de ce que tu n’es plus, de ce que tu essaies d’être ou de ce que tu ne seras pas.

Non, rien de difficile dans tout ça, je me demande seulement pourquoi il faut avoir vivant la mort bien raide devant soi pour finalement s’en rendre compte et déceler la futilité de ses petits combats. A trop se jeter contre, on en oublie d’être avec soi. Couverts de bleus, sanguinolents, on se traîne alors comme un autre en pensant que la vie est trop lourde pour soi. On ne fait rien que s’inventer des poids pour s’ancrer à la vie de peur de passer sur elle sans y laisser de traces. Ainsi on avance peu et mal, et puis un jour on crève interloqué parce que la vie ça l’a pas empêché de filer sans soi. C’est comme la mort, elle te demande pas ton avis, elles en font qu’à leur tête et pas une ne t’écoute.

Pas une ne t’écoute et c’est une sacrée chance parce que ça les rend simples la vie, la mort, incroyablement simples : au fond y’a juste à se taire et ouvrir grands ses yeux.


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Mardi 21 décembre 2010 2 21 /12 /Déc /2010 19:02

Etincelles.jpg


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Mardi 14 décembre 2010 2 14 /12 /Déc /2010 17:57

Je te quitte.

Pour une histoire de longueur d’ondes tracée à la va-vite sur un papier trop blanc. Tu n’aimais pas les adieux. Courbée sur la toile cirée, j’ai retourné la phrase trois fois ou cent. Derrière il n’y avait rien que la langueur du vide que je ne mesurais pas. J’ai écrit de raison sur l’opaque, muette, la voix ratatinée au bout de chaque doigt à faire trembler le tracé salutaire des mots. J’ai écrit au verso de ce papier trop blanc sur notre toile cirée puis sur la toile elle-même et d’autres feuilles volantes. J’alignais sans fléchir d’oblongues équations à deux inconnus dont le sommeil n’était pas membre, gouvernée par l’absolu besoin de pousser à bout la dérobade et de découdre son motif : j’effilochais ces ondes trop courtes et trop laconiques pour être à ta hauteur.

En tirant ce seul fil que tu avais laissé, j’en suis venue aux origines que j’ai lâchement  incriminées. Je tenais la coupable en accusant la pluie et j’ai craché de fausse joie sur la mousson de ton pays. Les banales averses d’ici, la bruine des hivers doux n’avaient pas fait le poids face aux glorieux déluges, ni mon océan froid devant tes mers du sud. J’ai accusé la pluie en laissant faire le temps, et puis un jour je me suis dit que c’était moi.  

Ma façon de passer entre les gouttes comme au travers du monde, spectrale, élastique, effleurant à peine sans modeler les traversées. Appliquée à l’extraction, je te laissais derrière à heurter de plein fouet, à essuyer d’un revers de main ou à planter les ongles pour laper des sources d’histoires. C’est sur les rivages escarpés d’un gouffre en moi toujours à flots que tu as fait ton trou et où chaque jour je te laissais boire, pensant qu’ainsi tu ne partirais pas. Toi disparu, l’eau boueuse a monté en charriant la menace de graves débordements, alors je me suis allongée dans le creux moite de ton absence et me suis mise à boire aussi, à me souler de fange pour n’écoper de rien. Dans ce circuit fermé où j’errais ventre à terre, je me suis astreinte à détourner les yeux des fissures où tu avais trouvé une fuite.

Et je suis revenue à la pluie. Aujourd’hui, je la mesure sur les carreaux les soirs de tempête, et quand il ne pleut pas je mesure les nuages à travers la fenêtre par des journées sans vent. Je pose un décimètre sur les dégoulinades des vitres poussiéreuses à l’affût d’un record dans les graduations et consigne les chiffres dans un carnet de bord. Ainsi j’apprivoise la tourmente et m’accroche à ces traces qui survivent sans mal à l’évaporation.

J’attends les jours de pluie comme d’autres attendent l’été, avec le besoin grandissant de voir s’effacer diverses longueurs d’ondes et l’impatience discrète d’un éventuel nouveau départ.   


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Dimanche 5 décembre 2010 7 05 /12 /Déc /2010 18:31

Un écrit de Jean - http://souriredureste.blogspot.com/ - pour dire la difficulté d'être au monde que chacun ressent quelquefois...

 

Sans fin

On voulait juste être nous
Etre nous jusqu’au bout
Mais il est loin le bout
Ca n’en finit pas d’être soi
Tout est fragile
Ce qu’on croyait, sans plus
On n’y croit plus, du tout
On s’est usé doucement
Courbé sous la fatigue
La vie rêvée on l’a rangée
Dans un placard
Avec ces fringues
Qu’on ne porte plus
Dont on fait des chiffons
A essuyer les vitres
Quand on a du courage
Mais le courage on l’a perdu
On reste là avec une clope et un café
Derrière la fenêtre
D’un vieux jour de novembre
Devant le jardin trempé de pluie
A se demander
Pourquoi tout est comme ça
Pourquoi on n’y arrive pas
Mais on s’obstine
Que faire, sinon ?
A chercher des réponses
Qui n’en sont pas
A des questions qui n’en ont pas

 


Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.” 

La liste complète des échanges est sur le blog de Brigitte Célérier.

Le texte que j'ai écrit à cette occasion  est sur le blog de Jean.


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